12.
Qui sème le vent

 

« Que celui qui se retrouve entre deux Clans en guerre coure ventre à terre et dise ses prières. »

 

Vieux dicton écossais

 

 

* * *

 

 

En revenant de la messe le lendemain matin, j’ai découvert Bree assise sur les marches du perron. Elle semblait gelée, et furieuse.

Je n’étais pas rentrée avec elle la veille au soir, puisque j’avais un couvre-feu et pas elle. Beth avait bien voulu me raccompagner. D’après les regards de pierre que Bree me lançait, je me doutais de ce qui m’attendait.

Nous sommes allées directement dans ma chambre.

— Je pensais que tu étais mon amie, a-t-elle sifflé dès que la porte s’est refermée.

Je n’ai même pas fait semblant de ne pas comprendre de quoi elle parlait.

— Bien sûr que je suis ton amie ! me suis-je écriée en déboutonnant la robe que je portais à l’église.

— Alors, explique-moi ce qui s’est passé hier soir.

Ses yeux sombres plissés, elle a croisé les bras sur sa poitrine, puis s’est laissée tomber sur le coin de mon lit.

— Toi et Cal, dans la piscine, a-t-elle précisé.

J’ai passé un tee-shirt et sorti une paire de chaussettes d’un tiroir.

— Il n’y a rien à expliquer. Je sais que tu aimes bien Cal. Et je sais que je n’ai aucune chance face à toi. Je n’ai rien fait, moi. Tu as bien vu, bon sang, dès que j’ai pu tenir debout dans la piscine, il m’a lâchée.

J’ai mis mes chaussettes avant d’enfiler mon jean le plus vieux et le plus confortable, puis, machinalement, j’ai relevé l’ourlet de trois centimètres.

— Et c’était quoi, ce petit numéro de mijaurée ? Tu voulais te faire prier ? T’espérais qu’il allait t’arracher tes vêtements ou quoi ?

Blessée par ses sarcasmes, je sentais peu à peu la colère monter en moi.

— Ça va pas, non ? me suis-je indignée. S’il m’avait arraché mes vêtements, je serais rentrée chez moi en hurlant et j’aurais appelé les flics. Arrête de dire n’importe quoi.

Bree s’est levée d’un bond et m’a planté un doigt accusateur entre les côtes.

— C’est toi qui dis n’importe quoi !

Je ne l’avais jamais vue aussi furieuse.

— Tu sais bien que je suis amoureuse de lui ! Ce n’est pas qu’une simple amourette ! Je l’aime vraiment. Je veux qu’on sorte ensemble. Et que toi, tu le laisses tranquille !

— Parfait ! ai-je presque crié en me levant, les bras écartés. Mais je n’ai absolument rien à me reprocher, moi ! Je ne peux pas contrôler ses actes à lui. Peut-être qu’il s’intéresse à moi parce qu’il veut que je devienne une sorcière.

Aussitôt, Bree et moi, on s’est tues, les yeux dans les yeux. En mon for intérieur, je sentais que j’avais vu juste. Mon amie a froncé les sourcils, elle devait repenser aux événements de la veille.

— Écoute, ai-je repris d’un ton un peu plus posé, j’ignore à quoi il joue. Si ça se trouve, il a une autre copine ailleurs, ou alors Raven lui a remis le grappin dessus. Mais moi, je n’ai rien fait pour le draguer. C’est tout ce que je peux te dire. Point final.

J’ai ramené mes cheveux par-dessus mon épaule et commencé à les tresser avec des gestes rapides dus à l’habitude.

Bree m’a foudroyée du regard un instant encore, puis son expression s’est décomposée et elle s’est affalée sur mon lit.

— OK, j’ai compris, a-t-elle marmonné, comme si elle essayait de se retenir de pleurer. T’as raison. Je suis désolée. Tu n’as rien fait. J’étais juste jalouse, c’est tout.

Le visage caché dans ses mains, elle s’est effondrée sur mes coussins.

— Quand je t’ai vue dans ses bras, ça m’a rendue folle. Je n’ai jamais éprouvé ça pour un mec. Je lui ai tourné autour toute la semaine, et j’ai l’impression qu’il ne l’a même pas remarqué.

Malgré ma colère, j’éprouvais de la peine pour elle. Je devais être maso.

— Bree, ai-je dit en m’asseyant sur ma chaise de bureau, Cal a dû abandonner son cercle en emménageant ici, et il espère que certains d’entre nous l’aideront à en créer un nouveau. Il sait que la Wicca me passionne, et j’imagine qu’il trouve que c’est, je sais pas, moi… intéressant, on va dire, que je réagisse si fortement pendant les cercles. Il pense peut-être que je ferais une bonne sorcière et il veut m’aider à y parvenir.

Bree a levé la tête, les yeux pleins de larmes.

— Est-ce que tu réagis vraiment si fort aux cercles, ou est-ce que tu simules ? a-t-elle demandé, la voix chevrotante.

J’ai tellement écarquillé les yeux qu’ils ont failli tomber de leurs orbites.

— Bree ! Pour l’amour de Dieu ! Pourquoi est-ce que je ferais semblant ? C’est bien trop gênant, je suis morte de honte chaque fois, me suis-je indignée en secouant la tête. On dirait que tu ne me connais pas. Enfin, pour répondre à ta question, ai-je poursuivi d’un ton sec, non, je ne simule pas.

Bree s’est mise à pleurer pour de bon.

— Je suis désolée, gémissait-elle entre deux sanglots. Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je sais que tu ne fais pas semblant. Je ne sais plus ce que je raconte.

Elle s’est levée pour prendre un mouchoir dans une boîte, puis elle m’a serrée dans ses bras. Même si le cœur n’y était pas, je me suis forcée à la serrer aussi.

— Je suis désolée, a-t-elle répété en pleurant sur mon épaule. Je suis vraiment désolée, Morgan.

Elle a sangloté comme ça, dans mes bras, pendant plusieurs minutes, et j’ai dû me retenir de pleurer moi aussi. Avez-vous déjà redouté de fondre en larmes de peur d’être incapable de vous arrêter ? Voilà ce que je ressentais. La moindre dispute avec Bree était horrible en soi. Aimer Cal sans aucun espoir qu’il m’aime en retour me mettait carrément au supplice. Savoir que ma meilleure amie convoitait le même mec que moi transformait ma vie en vrai cauchemar. Et découvrir le monde compliqué de la Wicca et se sentir inexorablement attirée par lui était perturbant, presque effrayant.

Bree a fini par se calmer. Elle m’a relâchée en s’essuyant le nez et les yeux.

— Je suis désolée, a-t-elle murmuré. Tu me pardonnes ?

Je n’ai hésité qu’une fraction de seconde avant d’acquiescer. C’est vrai, quoi, c’est ma meilleure amie. Après les membres de ma famille, c’est la personne que j’aime le plus au monde. J’ai soupiré. Nous nous sommes assises sur mon petit lit.

— Écoute, ai-je repris, hier soir, je n’ai pas voulu me déshabiller parce que… je suis pudique. Je le reconnais, d’accord ? Je suis une vraie poule mouillée. Même pour tout l’or du monde, jamais je ne me serais déshabillée à côté de toi et des autres filles.

— De quoi tu parles ? s’est étonnée Bree en reniflant.

— Oh ! arrête… Je sais très bien à quoi je ressemble. Il m’arrive de me regarder dans le miroir. Certes, je ne suis pas moche, mais je suis loin d’être comme toi. Ou comme Jenna. Ou comme Mary K., même.

— Tu es très bien, a rétorqué Bree, les sourcils froncés.

J’ai levé les yeux au ciel.

— Bree… Je suis banale à pleurer. Et, tu l’as sans doute remarqué, la nature a oublié de me fournir de quoi remplir un décolleté.

Ses yeux sombres se sont posés un instant sur ma poitrine. Je n’ai pas pu m’empêcher de croiser les bras.

— Mais non, t’es juste… tu vois, quoi, a-t-elle répliqué d’un ton peu convaincant.

— Bree, je suis plate comme une limande, une vraie planche à pain ! Alors, si tu crois que je vais me balader à poil à côté de toi, Miss 95C, Jenna, Raven, Beth, sans parler de Sharon qui pourrait poser dans Playboy, tu rêves ! Et devant des mecs, en plus, qu’on voit tous les jours au lycée ! Arrête un peu ! Comme si je voulais qu’Ethan Sharp sache à quoi je ressemble toute nue ! Mon Dieu ! Ça va pas, non ?

— Laisse Dieu en dehors de ça, a lancé Mary K. en passant la tête par la porte de la salle de bains. Avec qui tu te baladais à poil ?

— Oh, merde, Mary K. ! Je ne savais pas que tu étais là !

— Eh ben si, m’a-t-elle raillée avec un petit sourire sournois. Alors, avec qui tu te baladais à poil ? Je peux venir, la prochaine fois ? Moi, j’aime bien mon corps.

Je lui ai balancé un oreiller en riant aux éclats. Bree riait aussi, et j’étais soulagée de voir que notre dispute était terminée.

— Toi, pas question que tu enlèves tes vêtements, ai-je répondu d’un ton que je voulais sévère. Tu n’as que quatorze ans, peu importe ce que Bakker Blackburn en pense.

— Tu sors avec lui ? lui a demandé Bree. C’était mon mec, avant.

— C’est vrai ? s’est étonnée ma sœur.

— Ah ! oui, ai-je soupiré. J’avais oublié.

— L’année dernière, a expliqué Bree. Mais ça n’a pas duré.

Elle s’est étirée, le dos cambré.

— Pourquoi ? a voulu savoir Mary K.

— Je l’ai largué, a répondu mon amie, sans remords. Ranjit voulait sortir avec moi, et j’ai accepté. Il avait des yeux magnifiques.

— Et après, Ranjit t’a laissée tomber pour Leslie Raines, ai-je poursuivi, à mesure que les souvenirs me revenaient. Ils sont toujours ensemble, d’ailleurs.

Bree a haussé les épaules.

— Qui sème le vent récolte la tempête, a-t-elle déclaré.

Ce qui, évidemment, est l’un des principes les plus basiques de la Wicca.

L'éveil
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